Toi, fleur du vide

Paul Hōjō Pichaureau

18 février 2023, 09:00

[Juste après kinhin]

Kūge, les fleurs du vide. C'est aussi le titre d'un chapitre du Shōbōgenzō, de maître Dōgen.

Les fleurs du vide, ce sont nos pensées. Attirantes, colorées, complexes, fascinantes, plaisantes... Mais nées du vide. Et si on ne le suit pas, en zazen ou ailleurs, elles redeviennent le vide, naturellement, automatiquement.

[Long silence]

Une fois, alors que le maître de conférences Liang du mont Xi étudiait avec Baso[1], celui-ci lui demanda : « Quel sutra enseignez-vous ? »

Liang répondit : « Le Sutra du cœur. » (C'est-à-dire l'Hannya shingyō.)

« Et comment l'enseignez-vous ? demanda Baso.

— Je l'enseigne avec l'esprit.

— L'esprit est un acteur, la volonté lui donne la réplique et les objets des six sens sont leur compagnie. Comment peuvent-ils enseigner ce sutra ?

— Si l'esprit ne peut pas l'enseigner, la vacuité peut-elle l'enseigner ?

— Oui, la vacuité peut l'enseigner. »

Liang retourna ses manches et s'éloigna. C'est un signe de dédain.

Baso l'appela : « Maître de conférences ! »

Puis il lui dit : « De la naissance à la mort, c'est n'est que ça. » À ce moment-là, Liang s'éveilla. Par la suite, il alla se cacher dans la forêt et on n'entendit plus jamais parler de lui.

[Silence]

On peut dire que Baso a enseigné à Liang à partir de la vacuité. En l'interpellant, il a comme tiré sur une ficelle, une de ces ficelles qui nous fait tourner la tête, lever le bras, tendre la jambe, ouvrir la bouche...

Quand on nous appelle par notre nom, ou plutôt par notre rang, nous agissons toujours ainsi. Il est difficile d'être appelé grand-père, sans agir comme un grand-père, difficile de rendre visite à ses parents sans agir comme un fils ou une fille.

Mais cette personne ne nait que des circonstances, d'une multitude de causes et conditions, par la loi de causalité. Ainsi elle n'est rien, elle n'existe pas. Kūge, fleur du vide, elle aussi.

S'en étant rendu compte, Liang a immédiatement perdu son rang, c'est-à-dire qu'il s'est éveillé. Quel besoin avait-il alors de continuer à faire le tour des temples, pour montrer sa belle intelligence ? Alors il est parti dans la forêt.

[Silence]

Maintenant, considérez ceci : du matin au soir, Baso est appelé « maître », il est salué avec respect, on vient lui poser des questions... Et pourtant, lui ne va pas se cacher dans la forêt. Il tient son rang. Pourquoi donc ?


  1. Baso Dōitsu (en chinois Mazu Daoyi, 709-788), disciple de Nangaku (677-744), un des grands maîtres chán de son temps, avec Sekitō Kisen (700-790). ↩︎

Précédent : La loi de la production interdépendante Suivant : Journée de zazen du 5 mars 2023

Contact

Si vous souhaitez réagir à ce kusen, vous pouvez nous contacter via le formulaire ci-dessous.