Sandōkai (4)
6 octobre 2023, 20 h
La suite du Sandōkai, un des premiers textes zen.
San signifie la multiplicité, do c'est l'unité et kai l'harmonie. Sandōkai signifie l'harmonie du un et du multiple. C'est aussi l'harmonie des contraires, l'harmonie de l'apparence et de l'essence, de l'esprit et des pratiques.
Deux vers du Sandōkai :
Saisir les objets est une illusion
Toucher l'essence n'est pas encore l'éveil.
Le premier vers est un peu une banalité : le matérialisme ne peut pas nous permettre de saisir la réalité. Il peut nous permettre de passer un instant de souffrance et le remplacer par un bref instant de divertissement tout au plus, mais en aucun cas saisir la racine de notre existence et de régler une bonne fois pour toute notre grande question existentielle.
On peut partir dans une grande pratique spirituelle, faire beaucoup et intensivement zazen, trois mois ou trois ans de retraite et à un moment de cette aventure avoir le sentiment de toucher l'essence. Le sentiment de connaître cet état d'esprit où nos illusions nous apparaissent effectivement comme des illusions, où notre unité profonde avec l'univers, avec l'énergie cosmique, pour parler comme maître Deshimaru, nous semble une évidence. Très bien, très bien. Mais comme dit maître Sekitō, ce n'est pas encore l'éveil.
L'éveil serait toucher l'esprit en saisissant les objets, saisir l'esprit directement à travers les objets. Ou encore détruire les objets et en faire surgir l'esprit. Se mêler à la vie quotidienne « Bonjour Monsieur, bonjour Madame, comment allez-vous ? » et tout à coup faire briller la lumière, être capable de saisir la racine, la montrer, l'exposer aux yeux de tous. Et puis un peu comme un magicien, tout à coup, tout s'efface et on passe à la suite, on continue.
Vous connaissez, je pense, l'histoire de Gensha. Il avait pratiqué des années durant dans le monastère de son maître et un jour le shuso vient le voir et lui dit : « Gensha tu es là depuis longtemps mais peut-être devrais-tu t'enquérir de la voie, quitter le monastère et aller voir d'autres maîtres ? ». Gensha fait son baluchon, quitte le monastère. Sur la route il se cogne l'orteil et se fait très mal. Et l'idée lui vient : « D'où vient cette souffrance ? » On pourrait dire qu'alors, il touche l'esprit. Il fait aussitôt demi-tour, il revient au monastère. On l'interroge et Gensha dit : « Jamais plus je ne me laisserai avoir par les autres ». Par la suite, il est devenu un grand maître de la tradition.
Qu'est-ce que Gensha a compris en se cognant l'orteil ? Il est parti en voulant saisir les objets, il est revenu en ayant touché l'esprit. Pour moi, une chose est sûre : l'éveil de Gensha c'est tout ce qui s'est passé après.
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